(Y)OUR SPACE Digest | Printemps 2026
Le (Y)OUR SPACE Digest de printemps 2026 documente un changement de fond pour les directions immobilières : la thématique de l’énergie est passée d’un sujet de second ordre à un facteur de décision de premier plan. Neuf entreprises locataires sur dix considèrent aujourd’hui l’immobilier comme un actif stratégique, mais c’est précisément l’énergie qu’ils maîtrisent le moins. Knight Frank recommande donc d’examiner deux points avant toute décision : la puissance électrique réellement disponible sur le site, et la capacité à en garantir l’approvisionnement à un coût maîtrisé sur dix ans.
09-07-2026
01. Une demande électrique qui explose
Trois forces tirent la demande d’électricité vers le haut : l’intelligence artificielle, le réarmement et l’électrification de l’industrie et des transports. Les data centres en sont l’exemple le plus net — selon l’AIE, leur consommation mondiale doublera d’ici 2030, portée par 700 Md$ d’investissements dans l’IA engagés dès 2026 par quatre groupes seulement. Mais le phénomène ne se limite pas aux serveurs : usines, laboratoires et même bureaux deviennent à leur tour de gros consommateurs. L’énergie n’est plus une simple charge d’exploitation ; elle devient une condition de fonctionnement de l’activité.
02. Trois conséquences directes pour l’immobilier
Pour un propriétaire ou un locataire d’espaces tertiaires au sens large, l’étude pointe trois changements concrets.
- La disponibilité électrique d’un site devient un critère de choix au même titre que sa desserte ou son bassin d’emploi.
- Le bail évolue vers un contrat d’énergie, les locataires demandant une puissance garantie et des engagements du bailleur sur les équipements.
- Le plus déterminant pour la valeur : la carte des emplacements se redessine. Des sites hier secondaires gagnent en attractivité parce qu’ils disposent de puissance disponible, tandis que certains emplacements centraux deviennent difficiles à développer faute de réseau suffisant.
03. Le coût de l’énergie : l’avantage des grands portefeuilles
Au Royaume-Uni, électricité et gaz coûtent encore près du double de leur niveau de 2019-2021, malgré la baisse amorcée en 2024. L’enseignement le plus utile porte sur l’écart de prix selon la taille du consommateur : il s’est creusé de 2,1 à plus de 6 pence/ kWh entre les plus gros et les plus petits acheteurs. Autrement dit, plus on achète de volume, moins on paie cher. Mutualiser la demande à l’échelle d’un parc ou d’un groupe procure donc un avantage de coût réel — ce qui explique que plus des deux tiers des entreprises interrogées placent la maîtrise des coûts et l’efficacité en tête de leurs priorités immobilières.
04. S’approvisionner en énergie réellement verte
L’étude clarifie les façons d’acheter son énergie (contrat à prix fixe ou flexible, production sur site, contrat d’achat direct à un producteur) et fixe une règle simple côté carbone : acheter des certificats verts ne suffit pas. Pour qu’une énergie soit réellement bas-carbone, elle doit faire naître de nouvelles capacités renouvelables. Knight Frank classe ainsi les solutions, de la plus à la moins crédible : produire soi-même son électricité sur place, à défaut se raccorder directement à une centrale voisine, sinon signer un contrat d’achat auprès d’un producteur d’énergie verte. Un avertissement enfin : les règles qui mesurent l’empreinte carbone des entreprises doivent se durcir d’ici 2027. Les choix faits aujourd’hui décideront donc si les engagements climatiques affichés tiendront demain face à un contrôle plus strict.
05. Une dynamique européenne, un écart à combler
Le mouvement est déjà européen : BMW produit sa propre électricité en Allemagne, Mars et Norsk Hydro sécurisent éolien et hydroélectricité dans les pays nordiques, Generali investit 1,3 Md€ dans la tech et l’IA en Italie. Sur le climat, les grandes économies du continent — dont la France — figurent parmi les mieux orientées, et l’Europe réunit près de la moitié des objectifs de décarbonation validés dans le monde. L'étude pointe toutefois un décalage : la plupart des entreprises restent loin de leurs objectifs climatiques. Les bâtiments recherchés seront donc ceux qui peuvent prouver, chiffres à l'appui, leur sobriété énergétique.